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Icône
en Occident.
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Si le premier avait l´air d´un jeune chevalier... |
le
second avait pris soixante ans!
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C´est
dans la répétition que j´ai
découvert le sens de l´icône.
Vous voyez
maintenant, pourquoi il n´est pas facile du tout de
répondre à la première question:
“Vous copiez des reproductions d´icônes
anciennes?” mais, je n´ai pas fini d´y
répondre...
En tous cas, depuis,
je n´arrête pas de peindre des icônes,
avec la même paix que lorsque je peignais à la
maternelle au lieu d´aller en cour de
récréation.
“Vous
faites des icônes russes?”
Je suis
française.
“Oui!
Mais la technique est russe!”
Alors! La technique
de l´icône c´est "la tempéra".
C´est une technique égyptienne, très
ancienne, qui date de bien avant Jésus Christ: les pigments
sont mélangés à du jaune
d´œuf additionné de vinaigre.
Au début,
l´icône est une synthèse des cultures
hellénique, romaine et égyptienne, elle rayonne
par les grecs, dans tout le bassin méditerranéen,
jusqu´en Egypte.
Saint Marc, mort en
68 à Alexandrie, est considéré comme
le patron des Chrétiens d´Orient.
Mahomet,
c´est l´an 600.
Les russes
n´ont été
évangélisés qu´à
partir de l´an 800, avec l´avancée de
l´Islam, ils prennent la relève de
l´iconographie.
Imprégnés
par l´ambiance de leur terroir, les peintres adaptent
naturellement leur technique et leur palette à leur ressenti
intérieur, à leurs racines: c´est ce
qui fait la culture d´un pays.
Ainsi les peintres
grecs, nés d´un pays de pierre sèche
et, se déplaçant de la
Méditerranée jusqu´en Egypte, ont
adopté une technique dite
"sèche": au trait.
Plus tard, les
russes, d´un pays humide, ont conçu une technique
dite: "à la goutte" ou "à la flaque": ils
emploient beaucoup plus d´eau.
Pour ce qui me
concerne, étant française et vivant en Bourgogne,
j´ai tout naturellement posé, dans ma
manière de peindre, les courbes et les rythmes de cette
campagne, que j´aime tant parcourir par ses chemins de
pierre. Ma technique est donc sèche.
En travaillant ainsi,
au trait, sur le bois minéralisé de blanc,
j´ai vraiment la sensation de tendre sur de l´os,
la fibre sombre de la chair, avec le sang, de poser la peau... la
lumière...
Si
je travaillais
"à la goutte" ou "à la flaque" je ne suis pas
sûre que j´aurais cette même perception
du charnel. Mais ce n´est pas un choix. C´est venu
tout seul des profondeurs de ma manière de vivre la joie de
l´incarnation du Christ dans cette matière qui
nous constitue et nous entoure.
On pourrait donc dire
que ma technique se rapproche de celle des Grecs, et pourtant, le
peintre d´icônes qui me touche le plus, celui qui
parle à mon cœur, est le moine Grégoire
Krug né en Russie en 1907 et mort à Paris en1969.
Une
dame, fascinée par l´or: “Alors, dites
moi... comment vous
procédez... vous mettez l´or en dernier?...
c´est de l´or n´est ce pas?”
Oui, c´est
de l´or... mais ne croyez pas que le
prix de l´icône
vient de l´or, le prix vient du temps que l´on y
passe.
“
Ah!... Alors vous mettez combien de temps pour une
icône?”
Pour une
icône de 20/30cm: en travaillant bien: un mois! Et je suis
contente si j´y arrive.
Mais, si je posais
l´or après avoir peint, toute ma peinture serait
recouverte de poussière d´or, de particules,
qu´il faudrait gratter… Et tout serait
à refaire!
Mais avant tout
ça il y a la
préparation du support...
“Vous peignez sur du bois ?”
Les bois qui sont
creusés, qui ont des "fenêtres", sont des bois
fait par un artisan : “L'Atelier de Bois d'Icônes”, dans le sud de la France. Ils sont en tilleul, pour
une question pratique. Ne croyez pas qu´il y ait un "bois
sacré" pour peindre les icônes! On peut peindre
sur n´importe quel bois, du moment qu´il a fait son
temps de séchage. Mais le tilleul est léger,
tendre, et se tranche de façon nette, il n´est pas
pelucheux, comme peut l´être le peuplier, et comme
par dessus je colle un tissu, il y a moins de risque de bulles... Quand
je peins une icône non creusée, je vais chez mon
charpentier... On peut prendre du chêne, du peuplier, des
fruitiers, tout ce qui nous inspire.
Aussi il faut peindre
coté cœur de l´arbre; si le bois bouge,
l´icône s´ouvrira au lieu de se fermer.
Sur le bois je passe
deux couches de colle de peau, c´est une colle
d´origine animale: peau de lapin, arêtes de
poisson... (depuis les normes européennes, tous les
artistes, doreurs compris, se plaignent de la qualité de
cette colle, qui n´est plus ce qu´elle
était.) Ensuite je pose une toile "à beurre"
jusque sur les bords... suivit d´une autre couche de colle de
peau, à ce stade j´ajoute du blanc de Meudon dans
ma colle de peau, (c´est de la craie en poudre) et passe
douze couches de cette mixture, séchage complet entre chaque
couche, ponçage rapide aussi... Et je lisse à
l´eau et aux doigts (un bouchon coupé à
l´oblique, c´est très bien aussi.) pour
obtenir une surface très lisse et pierreuse qui ressemble
à du marbre, à de l´os poli.
Le tout ne fait pas 1 mm d´épaisseur!
Je trace mon dessin, préalablement mis au point...
Et vient le temps de la pose de l´or. Si je posais
l´or sur la surface blanche, la feuille d´or, qui
est si fine et toute fissurée me donnerait un or
très froid. Aussi, je pose une "assiette" couleur
ocre-rouge, sur les endroits où je désire mettre
l´or. Et ensuite je pose l´or. Je lisse au doigt,
sur un papier de soie... Et j´époussette
finalement le tout avec un gros pinceau très doux...
Et c´est là que tout commence...
“Vous
priez, quand vous faite des icônes?”
Bon! Là,
j´aimerais vous dire que, je ne veux pas être:
"comme ci" quand je fais des icônes et: "comme ça"
quand je fais la cuisine ou tout autre chose. Cela me tient vraiment
à cœur de vous répondre ainsi... De
même certains n´aiment pas "perdre" leur temps
à préparer les bois d´icône,
personnellement ces temps là me reposent, ils sont un
silence, un creux qui me prépare... j´en ai
même besoin!
Une
dame: “Vous êtes dans un état second
quand vous peignez une icône?”
Ne croyez pas que je
sois dans un état second par rapport à ma vie de
tous les jours... Par contre, c´est vrai que ce que je
ressens quand je peins une icône, n´est pas du tout
la même chose que si je peins une fleur.
Et pourtant, me direz
vous: “la fleur, c´est pareil! Elle vient du
créateur!”
Oui, mais je ne suis
ni platonicienne, ni bouddhiste!
Si je fais une fleur,
je transpose mon ressenti, ou du moins j´essaye.
Par contre, en
iconographie, ce n´est pas ce que l´on doit faire:
mon ressenti, parce qu´il est fluctuant, ne doit pas
être pris en considération, simplement je
témoigne de l´incarnation du Christ.
C´est autre chose... Je suis agissante dans le "non-agir"...
Comme on peut l´être quand on fait les vitres avec
un autre degré de conscience. Ne croyez pas que je cherche
à abaisser l´icône, je ne touche pas
là à l´icône, je parle juste
de l´Etre par rapport au Faire.
De
même l´orthodoxie demande plus au cœur
qu´à l´action.
Si mon être
est trouble, les visages que je vais faire seront troubles, la
réponse est immédiate, on ne peut pas se cacher
la face, faire l´autruche: l´ascèse
accompagne le peintre d´icône comme le pigment
imprègne le pinceau.
Toujours, on doit se
simplifier intérieurement, ne garder que le
nécessaire.
C´est dans
"L´histoire du Soldat" de Stravinsky, que Ramuz fait dire au
diable: “tu as plus que le nécessaire, puisse que
tu as le superflu.”
Dans la vie,
l´icône vous dépouillera de vos "bons
sentiments" et de vos rêves s´ils sont fait de
projections, elle vous fera vivre, sentiments et rêves,
à partir de la réalité.
Peindre une
icône, c´est accepter ce cycle: mort-
résurrection- mort et résurrection à
soi même... Toutes nos morts, pour toutes nos
résurrections.
Et c'est
le sens de: "lève toi...
va vers toi même" comme le traduit André
Chouraqui, dans le Cantique des Cantiques au
chapitre 210.
"lekhi lakh" : "Pars, va
vers toi même". C'est l'appel initial de la vocation
d'Abraham "lekh lakha" Génèse
121.
“
Mais quelle est la différence d´avec
l´église Catholique?”
Chez les Orthodoxes,
nous parlons de: "L´église de Rome" parce que les
Orthodoxes aussi sont "catholiques". (Eglise Universelle.)
La
différence est très grande dans la
théologie.
Personnellement, la
pointe qui me touche, dans l´Orthodoxie, c´est la
louange devant la jubilation de la matière.
Jésus:
“Je vous dis: si ceux-là se taisent, les
pierres crieront.”
Luc19/40.
Peut être,
parce que je suis plasticienne, je ressens très fort cette
joie dans la matière. (ou bien c´est la
présence de cette joie qui m´a rendu plasticienne!
Qui sait?)
Sinon,
c´est la même foi, le même
baptême, et j´oserais même dire:
“le même Credo!”. Chacun le sait, et, si
ce n´est cette histoire du "filioque" introduit dans le Credo
par l´église de Rome, qui a engendré
le schisme que nous savons en 1054, (schisme purement politique et non
doctrinal, qui remonte à Charlemagne.) vous pouvez constater
que le
Credo, devant l´icône de la Nativité du
Christ, est le même
que le Credo catholique.
Aussi les Orthodoxes
ne reconnaissent pas le dogme de l´immaculée
conception de Marie, institué, sans convocation de concile,
par le pape Pie IX, en 1854. Les Orthodoxes croient en
l´immaculée conception de Jésus,
c´est à dire au Mystère de
l´Incarnation, à la triple virginité de
Marie: avant, pendant et après la naissance, que
l´on exprime, dans l´icône, par les trois
croix sur le manteau de Marie, l´une au front, les deux
autres aux épaules.
Les Orthodoxes
croient que Marie, qu´ils nomment:
"l´Immaculée", "sans tache", "toute pure", et
qu´ils chantent: "Souveraine des anges" était pure
de tout péché personnel, mais porteuse, comme
chacun de nous, du péché originel.
Il
y a une
icône, dite L´icône de la "Conception de
Marie" où l´on voit la main de Dieu
bénir le couple, de Sainte Anne et Saint Joachim, en vu de
la procréation charnelle.
L´église
Orthodoxe, n´ayant pas d´aversion devant ce qui se
rapporte à la nature charnelle, ne connaît pas de
distinction entre: "conception active" et "conception passive".
(voir : www.pagesorthodoxes.net). Elle considère comme
"chaste" et comme réellement charnelle, mais non comme
"immaculée conception", l´union des parents de
Marie, ainsi que celle des parents de Saint Jean Baptiste, cousin de
Jésus.
Dans la pratique de
l'orthodoxie
j´ai trouvé les clefs d´un travail sur
soi par le Christ.
Un travail qui rend libre en donnant de l´ampleur
à la vie.
Ainsi:
Les Catholiques
parlent du corps et de l´âme...
l´âme étant ce qu´il y a
d´éternel en nous.
Alors que pour les
orthodoxes, nous sommes constitués d´une triade: âme,
corps, esprit (ne pas confondre
avec l´Esprit Saint!).
Cet "esprit"
c´est le "Noüs"
dont parle Saint Paul, c´est le lieu de communication avec
Dieu. Il est le même pour chacun de nous, il est stable (la
conscience est différente pour chacun.) et peut
entraîner le corps (lévitation, marche sur les
eaux...).
Notre âme
est évolutive, fluctuante, elle fonctionne avec nos
émotions, et représente notre psychisme, elle
n´est pas confondue avec le spirituel.
Le Christ dit:
“Mon âme est triste jusqu´à
la mort... ” Il ne dit pas: “Mon esprit est
triste.” car il est dans la béatitude
éternelle.
Ressentir une grande
tristesse n´est pas du tout incompatible avec le fait
d´être connecté à cette joie
profonde. C´est quelque chose de réel que
l´on peut expérimenter même dans le
désespoir, parce que, au fond du désespoir, il y
a l´espoir, et c´est dans cette petite
lumière là (et là, on est
amené inévitablement à faire le
rapprochement avec la Nativité du Christ, dans cette grotte
de néant et durant cette, si longue, nuit
d´hiver.) que l´on peut discerner cette joie, au
début elle est très ténue, mais elle
est là, si bien qu´on pourrait croire que son
goût est le même que celui du désespoir.
En fait les deux goûts se superposent.
Cette joie, dont je
vous parle, qui a la douceur d´une immense paix et ne demande
rien, existe en permanence en chacun de nous, mais comme nous ne sommes
pas toujours à son écoute, ni à sa
recherche, nous finissons par en être
déconnectés.
Une
dame, attirée par "la possibilité d´un
sens caché dans l´icône":
“... parfois on voit une Vierge
à trois
mains
...”
Il n´y a
pas de mystère caché, rien
ne se veut voilé dans l´icône,
ni réservé aux initiés. Au contraire,
tout ce qui y est écrit est fait pour être compris
dans l´instant vif du coup d´œil.
La
troisième main peut évoquer l´ex-voto
offert par Saint Jean Damascène, à qui le calife
avait fait couper la main, pour sa guérison miraculeuse.
Aussi elle peut être la main du donateur de
l´icône, parfois le donateur est
représenté en entier,
agenouillé.
Plus, dans
une icône, on exprimera qu´il n´y a pas
de hasard, meilleure elle sera.
Tout, dans une icône, doit être exprimé
de façon "voulue". C´est pour ça aussi
que l´on entend souvent dire que dans
l´icône: "tout a un sens", mais ce sens
n´est pas à comprendre comme mystère ou
code à décrypter.
Le seul
mystère, présent dans une icône, est le
Mystère de l´Incarnation.
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(Dans
une
école d´art on vous demandera
d´éviter à tout prix cette
façon de peindre, mais de faire que les lignes et les
volumes se parlent dans une énergie et une dynamique
d´opposition).
Dans cet esprit,
c´est avec beaucoup de joie que j´ai peint cette
icône de Saint Georges (ci-dessous à gauche) et
aussi celle de "Entrée Triomphale" (ci-dessous à
droite).
Ces
deux icônes sont d´inspiration contemporaine,
du
Moine Grégoire Krug,
à mon goût, je
ne connais pas d´iconographe qui sache si bien
écrire.
Dans ces
icônes, la couleur or ou jaune de l´espace
céleste, qui représente la présence de
Dieu, semble couler et imbiber l'âne et le cheval,
comme de l´huile, jusqu´au bout de leurs sabots.
On peut ainsi comprendre que, et Jésus, et Saint Georges
chevauchent la volonté de Dieu.
A la manière dont sont posés les sabots, on peut
voir combien cette volonté est précise.
Indéniablement l´action se passe dans cet instant
là, et, à cet endroit là...
Dans
l´Entrée à Jérusalem:
L´une des pattes avant de l'âne est levée, en
douceur, juste au dessus de l´enfant, elle forme une croix
avec l´autre patte avant. Les pattes avant
témoignent de ce qui attend Jésus dans le future
immédiat...
Dans
l´icône de Saint Georges:
Les sabots sont posés calmement juste sur les " bosses " du
corps du dragon...
La lance "bénie par la main de Dieu" passe
inévitablement au milieu de l´encolure du cheval...
Puis dans l´angle de la rencontre du poitrail et de la
patte...
Puis exactement en dessous et au milieu de la patte...
Pour aboutir en plein dans la gueule dragon.
Ainsi, Saint Georges
n´a pas d´effort à faire, il est
là, "sur son chemin", quand il faut, où il faut,
"instrument de Dieu": l´action de Dieu passe par sa main.
Comme je vous le
disais plus haut, dans cette icône, le cheval est peint
presque de la même couleur que les feuilles d´or,
et les courbes des montagnes semblent faire glisser l´or,
(dans l´icône l´or représente
la présence de Dieu, la lumière
incréée.) comme un entonnoir, dans le corps du
cheval, jusqu´à la pointe des sabots.
Pas
d´affolement dans cette icône, l´instant
béni est parfaitement maîtriser par
l´homme et par l´animal qui ne soulève
qu´à peine la patte avant, en pleine conscience,
juste ce qu´il faut pour ne pas être
brûlé.
Tandis que les autres
pattes, positionnées en espaces réguliers sur le
corps du dragon, encadrent les trois motifs qui le composent:
l´ouverture de la grotte d´où il est
sorti, ses ailes, et sa tête mourante avec le feu.
Et comme me dit mon
fils Paul: “Il va mal ton dragon!” Oui, il va mal,
il ne lutte même plus! Et ça se voit! Et
ça aussi c´est bien!
En iconographie, il existe quatre
représentations de
la Vierge.
La
Vierge
Trônante: avec les
archanges... Marie est
représentée assise sur un trône
royal... l´Enfant, comme elle: de face, assis sur ses genoux.
La
Vierge du Signe:
dite: "Hodigitria" en grec, c´est à dire "celle
qui montre le chemin."
Jésus: “Je suis le Chemin, la
Vérité, la Vie.”
La
Vierge de
Tendresse: "joue contre joue"
qui a aussi quelques variantes, comme la
vierge dite: Pélagonitissa, parce que le plus vieil exemple
aurait été découvert en
Pélagonie, en Russie, mais depuis une autre plus ancienne a
été découverte au mont Sinaï.
La Vierge
Orante:
avec Jésus, dans un cercle devant elle.Tous deux de face.
Vous voyez que sur
ces icônes les mains de la Vierge sont signifiantes...
orantes: elles rendent gràce... ou bien, comme dans la
Vierge du Signe: elles montrent le chemin... elles entourent
l´Enfant mais ne le portent pas...
|
Il
y a une autre sorte
de Vierge, dite allaitante
"Galaktotrophousa", "qui donne le lait".
Dans cette petite icône, si la robe du Christ est peinte
comme une gaze: fil à fil, tissée sur le corps de
Jésus, c´est pour témoigner de
l´incarnation du Christ, pour montrer son corps à
travers le tissus, et non pour en cacher la nudité. |
Si
le matelas
est
rouge, c´est que le rouge est la couleur de la
royauté, du sang, de la vie...
Une dame:
“c´est pour ça qu´il y a
beaucoup de rouge dans vos icône?”
Oui...
c´est aussi la couleur du Saint Esprit.
Dans
l´icône de L´Annonciation
ou de la Conception
de Marie, le drapé
rouge signifie que la scène
se passe dans un
intérieur.
Encore sur le
registre de la projection:
Eugénia:
(Je lui montre ma première icône de la Vierge
à l´Enfant) “mais,
tu n´as pas fait une Vierge à l´Enfant:
Tu as fait une maternité!”
Le soir
même "ma fausse
icône" passait au
lavabo... J´ai vu qu´elle avait raison et je me
suis souvenue que je peignais l´icône
imprégnée d´un sentiment maternel...
Eugénia:
“Il doit y avoir une distance entre la Vierge et
l´Enfant, même si c´est une Vierge de
Tendresse, joue contre joue, on doit sentir cette distance... Et
ça te rendra plus forte pour tes enfants.”
Argument puissant!
Toujours,
par rapport
à la sentimentalité, une autre question qui
revient très souvent:
“Pourquoi,
La Vierge tourne-t-elle le dos
à son enfant, dans
la
Nativité
du Christ?”
|
C´est
vrai, on pourrait croire qu´elle tourne le dos à
l´enfant, mais l´enfant Jésus est
traditionnellement représenté deux
fois. Parfois
trois. |
On peut voir
que Marie regarde vers le bas: elle regarde
l´humanité. Sous le regard de Marie
se trouve l´humanité, et son enfant est aussi
représenté en bas, avec
l´humanité dans "la scène du bain de
l´Enfant".
Cette
scène est une scène de doute: le doute de
Salomé (extraite du protévangile de Saint-
Jacques), elle fait pendant au doute de Saint Joseph...
Marie, qui
était pleine de gràce, Mère de Dieu,
qui a dit : “Oui” sans calcul, regarde comment son
fils est accueilli dans l´humanité... Marie, sans
doute a ouvert tout son amour à Jésus, mais
surtout, elle est venue pour intercéder, dans la liturgie
orthodoxe nous disons qu´elle est l´intercetrice
entre Dieu et l´humanité, dont elle a le souci...
Il existe des
icônes de la Nativité du Christ où
l´on peut voir, peinte au
dessous des deux scènes
de doute, plus bas dans la matière,
la scène du
Massacre des Innocents: autre
volet de l´accueil humain
réservé à Dieu.
Maintenant vous
pouvez comprendre pourquoi, cette remarque:
“Mais!
Dans les icônes, les Vierges n´ont pas la joie
d´une jeune accouchée!”
peut paraître un peut hors sujet pour un Orthodoxe.
Ceci dit, la
scène du bain de l´enfant,
en bas de l´icône, témoigne de
l´incarnation de Dieu dans la personne de Jésus...
Elle ne signifie pas, bien sûr, que Dieu ait besoin
d´un bain, mais que, en s´incarnant,
Jésus a droit à son bain comme chacun de nous.
Et en
conséquence, vous l´imaginez bien! L´eau
du bain répandue sur le sol sanctifie le cosmos tout
entier...
L´icône
ne fait que témoigner de la jubilation de la
matière par la venue de Jésus.
Une
dame: “Oh! La! La!... que c´est loin de
nous!”
Mais, non!
C´est tout près! (Et chacun de rire,
j´ai trop aimé son intervention!).
|
C´est
la même symbolique que l´on retrouve dans
l´icône du Baptême du Christ. La
théologie Orthodoxe dit que: bien sûr, Dieu
n´avait pas besoin d´un baptême, mais
qu´en pénétrant dans les eaux du fleuve
Jésus sanctifie les eaux, qui vont jusque dans les
profondeurs de la mer, et qui, en s´évaporant,
avec la pluie, ressanctifient éternellement la terre... |
“
Alors, comment ça commence une icône?”
(voir: Massacre des Innocents.)
Ca commence dans la
gadoue, la gadoue la plus complète! On a fait son
dessin......
Alors!... soit dit en passant,parfois le dessin déborde, il déborde de la fenêtre: c´est le spirituel qui vient à vous... Quand on regarde une icône, on ne doit pas s´y perdre, y vaquer comme dans un tableau.
Voilà: au
début je laboure la terre profonde et positionne le
dessin... J´avance petit à petit.
Là, je me
sens très préhistorique, dans la glaise (la
"Adamah") et la grotte, avec comme matières les noirs, les
terres, les terres brûlées, et les ocres... Je
reste longtemps dans ce travail de fond, parce que je sais maintenant,
que c´est le plus important. Que le plus important de la vie
se fait dans l´obscurité, parfois dans le vide,
que l´on croit vide... mais non!
Aussi c´est
parfois émouvant de pouvoir utiliser ces pigments aux noms
si évocateurs.
Il y a la "Terre de Pouzzoles", qui est ocre rouge:
“J´étais
en villégiature à Pouzzoles lorsqu´on
annonça la venue d´un certain Paul, un
prédicateur juif arrivant de Malte et se dirigeant vers Rome
après un long périple en Grèce et en
Orient. Comme la plus part des habitants de Pouzzoles, je ne savais
rien de lui, si ce n´est qu´il avait la
réputation d´être un orateur de talent.
J´ai pu très vite en avoir la preuve. Le soir
même de son arrivée, Paul s´adressait
à la foule sur le forum de Pouzzoles.... ” extrait
de "SATOR" d´Alain Le Ninèze, éditions
Actes Sud, texte traduit du manuscrit latin de Lucius Albinus,
procurateur de la province de Judée.
Un jour, je me suis
dit: “Je vais faire la grotte avec des profondeurs, des
nuances, et puis un autre jour, avant d´être
passée à l´action, heureusement,
j´ai lu que non! Il ne fallait pas. La grotte de
Jésus devait se peindre du noir le plus noir...
d´un noir sans histoire à
l´intérieur pour l´adoucir...
Un
monsieur: “Du noir de néant!...”
Oui ...du noir de
néant...
Mais!... Quand je
pose les noirs, j´ai déjà
posé le dessin et l´or... donc la
présence de Dieu... celui qui "EST" de toute
éternité.
C´est ce
que signifient les
trois lettres
de l´auréole du Christ:
Elles
sont la traduction, en grec, du nom Hébreux, que Dieu
donne à Moïse sur la montagne du Sinaï:
“Tu diras que "JE SUIS CELUI QUI EST" c´est mon
nom.” Cela s´écrit:
on épelle, en commençant par la droite: Yod - Hé - Waw - Hé,
Comme le
traduit André Chouraqui, ce nom peut signifier aussi:
"Celui qui a toujours été" ou "qui sera toujours"
"Celui qui sait être et qui se révèle"
"Celui qui est avec les hommes pour les protèger et les sauver
du malheur"
"Celui qui fait être et crée le monde"
"Le créateur"
"Celui qui fera être ce qu'il fera être"
"Celui qui fait être et se révèle"
"Celui qui fait être et réalise ses promesses"
"Celui qui a été, qui est, qui sera et qui fait
être"
Mais ce nom de Dieu
est imprononçable: nous ne devons et ne pouvons le contenir,
(Pour les mêmes raisons que nous ne pouvons
représenter Dieu) traduit en grec, la langue de la Nouvelle Eglise, on ne gardera que trois lettres
Ces
trois lettres, et
la croix, disposées sur l´auréole
préfigurent la passion et la résurrection.
Pour ce qui me
concerne, je dois vous dire que c´est parfois bien
éprouvant d´être ainsi dans la
matière, à chaque icône je me dis:
“Je n´y arriverai pas...”.
Défilent
les peines, les espoirs, les peurs, les doutes, les joies, (certaines
joies peuvent être aussi des projections) tous les
encombrements de la vie. Ne rien retenir et tout remettre à
Dieu... encore et encore... Petit à petit se
dégagent les formes, les chemins de la vie, et
l´icône devient belle déjà,
avec ses noirs, ses bruns, et ses ocres... à chaque fois je
pourrais m´arrêter là... comme si
j´avais peur du printemps!
“Le moins
que nous puissions faire, c´est de ne pas plus Lui
résister que ne résiste la Terre au Printemps,
quand il vient. Soyez joyeux et plein de confiance. Vôtre...
Rainer- Maria Rilke.” (dans: Lettres à un jeune
poète.)
En même
temps que les verts, montent les rouges, les oranges, pour aller du
jaune au blanc. De toutes les façons on sait que
l´on va y arriver: on est tiré de la lourdeur
à la légèreté.
Ainsi, se fait en
nous tout le travail d´incarnation. Puisque l´on
chasse l´imaginaire, et parce que l´on est sur le
chemin, un chemin de dépouillement, il n´y a
qu´à le suivre, en confiance, on se laisse guider,
ça vient de l´intérieur, du
cœur. Juste se positionner à chaque instant, ne
pas vouloir s´en sortir plus vite, garder sa place, ne pas se
raconter d´histoires.
Saint Silouane disait: “Garde ton âme en enfer et ne
désespère pas.”
Et, sur la
première icône que l´on fait, celle de
Saint Antoine, il est écrit: “La
persévérance dans l´épreuve
vient à bout de tous les démons.”
Parfois, certaines
personnes me demandent: “Mais,
avec cette technique, vous ne pourriez pas faire autre chose?”
Justement cette
technique n´est pas facile à manipuler. Ce
n´est pas comme de la peinture à
l´huile, ou comme l´encre, on ne peut pas, avec la
tempéra, avoir une gestuelle. Les pigments se
déposent de façon astreignante. Ce
n´est pas une matière que l´on peut
oublier. C´est une matière qui nous
ramène à la matière, et au profond de
nous même, à notre grotte intérieure.
C´est vraiment pour la prière et non pour
l´artiste. C´est une ascèse pour une
recherche de Vérité.
Chaque
couche est transparente, comme
dans la vie, la couleur du fond transparaîtra sous celle du
dessus. Toutes joueront ensemble. Ainsi se posent les bases. On monte
le chemin, les surfaces claires s´affinent, et la
lumière n´a plus
qu´à se
poser... là où elle est attendue et de
façon précise, très
précise.
Au dos de mes
icônes : une estampille.
Une icône est une image “non faite de main d’homme”. C’est pour cette raison qu’elle n’est pas signée. Au début j’étais très contente de cet état des choses parce que je n’ai jamais aimé signer mes œuvres. Et puis l’on m’a conseillé, pour me protéger, de signer comme cela peut ce faire aussi : “par la main de … ”.
A
ce jour je
préfère ne garder qu’une
estampille au dos de mes icônes.
J’ai
dessiné la croix orthodoxe, juste au dessus des initiales de
mes deux prénoms de baptême : Jeanne-Madeleine,
pour témoigner par la présence des douze
apôtres et des quatre évangélistes qui
forment la mandorle.
Autres uvres de Sylvie PETIT : Léonard, santons, figurines, tableaux, paravents, fleurs, Texte: Icônes en Occident. Contact : Sylvie PETIT.